jeudi 31 décembre 2009

L'Evangile selon Judas Iscariote


















Écrit par Marta Antunes Moura, Reformador 2129, août 2006, Luciene Alves traductrice.

Il s'agit d'un manuscrit découvert dans les années 1970, apocryphe et gnostique[1], composé de 26 pages de papier écrit en langue copte[2], sous la forme d'un livre (codex), entre les 2ème et 4ème siècles de l'ère chrétienne. Les caractéristiques linguistiques du texte indiquent que le document a été originellement écrit en grec.

Cet évangile donne des informations sur les relations de Jésus avec l'apôtre Judas Iscariote, et narre des épisodes s'étant produits durant la semaine qui précède la Pâques judaïque, en l'an 33 après Jésus Christ. Parmi ceux-ci, il y en a un inédit qui affirme que Judas a donné le Seigneur aux sacerdoces juifs non par trahison intentionnelle, mais en réponse à une détermination prévue par le Christ lui-même qui lui a expliqué que cela était nécessaire pour qu'Il puisse accomplir le dessein divin de souffrir le sacrifice et le martyr.

Le professeur canadien Craig Evans, professeur à la chaire d'Etudes Bibliques Evangéliques et l'une des personnes engagées dans le travail d'analyse du parchemin, affirme : “Dans les Évangiles canoniques du Nouveau Testament, il n'est pas clair pourquoi Judas a fait ce qu'il a fait. Aucune explication réelle n'est présentée. Mais l'évangile de Judas nous donne une explication: en vérité, il a agi en accord avec les instructions de Jésus”[3].

Un coffre de pierre qui contenait cet évangile et d'autres manuscrits, notamment “Le premier Apocalypse de Jacques” et une lettre de Pierre à Philippe, a été trouvé dans une caverne par un agriculteur à El Minta, au sud du Caire, en Égypte. Vendu à un commerçant égyptien, il a été enfermé dans le coffre d'une banque américaine pendant 16 ans, quand il a été acquis par l'égyptienne Frieda Nussberger-Tchacos, en 2000, commerçante d'antiquités à Zurich en Suisse. Le manuscrit, baptisé “Codex Tchacos”, a été récupéré par des experts engagés par la Fondation Mécènes, de Suisse, avec l'appui financier de la National Geographic Society, qui, en plus d'obtenir la vente des droits de traduction et de publication, a pris l'engagement d'envoyer les originaux au Musée Copte, en Égypte, après la conclusion du travail.

L'évangile de Judas Iscariote ne représente effectivement pas une nouveauté pour les théologiens ou pour les chercheurs en religion. On sait que Irénée, évêque de Lyon, qui a vécu dans la seconde moitié du 2ème siècle après Jésus Christ, connaissait le texte écrit d'abord en grec, mais étant un ardent combattant du gnosticisme, il l'a rapidement rejeté, le classant comme illégitime et hérétique dans son livre “Contre les hérésies”. Cet évêque a été le premier prêtre de l'église catholique à cataloguer les textes de Mathieu, Marc, Luc et Jean comme évangiles canoniques, justifiant que ceux-ci étaient les seuls inspirés par Dieu et qui transmettaient la tradition apostolique avec authenticité. Au 5ème siècle, l'évêque Épiphane critique également l'évangile de Judas, alléguant qu'un traître ne pouvait pas se transformer en un faiseur de bonnes oeuvres.

Le manuscrit est, évidemment, une inestimable trouvaille archéologique d'une valeur historique significative, mais ne garantit pas la légitimité quant au fait que l'apôtre en soi l'auteur. Le doute qui apparaît est que Judas a eu très peu de temps pour faire les registres, en sachant que dans le Nouveau Testament il est conté qu'il meure avant le Christ. Mathieu relate que, voyant Jésus être condamné, Judas fut pris de remords et se pendit. (Mathieu, 27:3-5). Dans les Actes des Apôtres (1:18), toutefois, on ne parle pas de pendaison, “étant tombé la tête en avant, s'est crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues” . En réfléchissant à la tristesse et à la souffrance de l'apôtre face à la condamnation du Christ, et aussi sur les difficultés de l'époque pour ce qui était de trouver un scribe et à la disponibilité du matériel d'écriture, le doute subsiste.

Le document découvert à El Minta n'altère en rien la pensée spirite quant à l'apôtre et à ses actes. Nous acceptons que Judas Iscariote a été un esprit valeureux, sans quoi il n'aurait pas pu faire partie du collège apostolique, qu'il a fait un choix insensé, et qu'il en répondra en des réincarnations réparatrices postérieures. Les textes spirites ne nous parlent pas d'un Judas traître, mais d'un esprit équivoque, plein d'illusions, qui croyait sincèrement que l'Evangile ne vaincrait qu' “avec l'aide des préposés à César ou des autorités administratives de Jérusalem”[4]. C'était une personne intelligente, possesseur d'innombrables autres qualités, vouant un amour sans restriction au Christ. L'esprit Neio Lucio montra une facette de révolutionnaire de Judas : “Judas conversait, enthousiasmé, sur les anomalies de la gouvernance du peuple, et, exalté, parlait des probabilités de révolution à Jérusalem [...]”[5]. Emmanuel montre que “le transgresseur le plus à craindre en toutes les bonnes oeuvres, est toujours l'ami qui a dévié [...]. »[6] . Frère X révèle que « non seulement aimant, Judas était, très souvent, imprudent et inquiet. Il se passionnait pour les idéaux du Messie, et, même en exposait les nouveaux principes, mais en de nombreuses occasions il se surprenait en butte à Lui. Il se sentait le maître de la Bonne Nouvelle, et, en raison de son attachement fou à Jésus, le devançait presque toujours dans les délibérations importantes [...] »[7]. Il agit comme un homme attaché au monde matériel quand, quelques instants après que le Maître ait transmis les instructions initiales sur le travail que les disciples devront réaliser, il exprime son opinion.
« -Seigneur, vos plans sont justes et précieux. Il est toutefois raisonnable que nous considérions que nous ne pourrons rien édifier sans la contribution de l'argent. ...
Là, lui-même, prétextant la nécessité de donner l'impulsion aux mouvements initiaux de la grande cause, le fils d'Iscariote fit la première collecte parmi les disciples. [...]. Ensuite, en présentant à Jésus la bourse minuscule qui se perdait dans les pans de sa tunique, il s'exclama, satisfait :
-Seigneur, la bourse est petite mais constitue le premier pas pour que puisse se réaliser quelque chose...
Jésus le regarda sereinement et répondit sur un ton prophétique:
-Oui, Judas, la bourse est petite ; pourtant, que Dieu permette que tu ne succombes jamais à son poids! »[8]. De plus, Jésus, lui connaissant ses faiblesses, restait « [...] en mission d'aide à Judas »[9].

L'entretien existe dans le livre « Chroniques d'au-delà du Tombeau », (Crônicas de Alem-Tumulo), réalisé par l'Esprit Humberto de Campos. Il nous révèle que Judas est, aujourd'hui, un esprit totalement régénéré qui a su racheter son passé de culpabilité et de remords. Voici quelques élucidations:
«-Est-ce une vérité, tout ce que dit le Nouveau Testament au sujet de votre personnalité, dans la tragédie de la condamnation de Jésus?
-En partie... Les scribes qui ont rédigés les Evangiles n'ont pas prêté attention aux circonstances et aux jeux politiques qui, au-dessus de mes actes, prédominèrent dans l'indigne crucifixion. Ponce Pilate et le tétrarque de Galilée, en plus de leurs intérêts individuels dans la question, avaient à leur charge de maintenir les intérêts de l'Etat romain, occupé à satisfaire les aspirations religieuses des anciens juifs. C'est toujours la même histoire. Sinédrin désirait le royaume du Ciel, et combattait pour Jéhovah avec le fer et le feu. Rome voulait le royaume de la Terre. Jésus était entre ses deux forces antagonistes, avec sa pureté immaculée. Ainsi, j'étais l'un des passionnés par les idées sociales du Maître ; toutefois, mon zèle excessif pour la doctrine m'a fait sacrifier son fondateur.[...]. Après ma mort tragique, j'ai été submergé dans des siècles de souffrance expiatoire par ma faute. J'ai horriblement souffert pendant les persécutions infligées par Rome aux adeptes de la doctrine de Jésus et mes épreuves ont culminé sur le bûcher de l'inquisition, où, imitant le Maître, j'ai été trahi, vendu et usurpé. Victime de la félonie et de la trahison, j'ai laissé sur la Terre les derniers vestiges de mon crime, en Europe au 15ème siècle. Depuis ce jour où je me suis donné par amour du Christ à tous les tourments et à l'infamie qui m'ont avili, avec résignation et pitié pour mes bourreaux, j'ai fermé le cycle des mes douloureuses réincarnations sur la Terre,en sentant sur mon front le baiser du pardon de ma propre conscience... »[10]

Notes

[1] Gnosticisme (de gnose, connaissance en grec): nom attribué à quelques courants philosophiques diffus pendant les trois siècles initiaux du Christianisme. Le gnosticisme est une première tentative de philosophie chrétienne, faite sans rigueur systématique, avec des mélanges d'éléments chrétiens mythiques, néo platoniques et orientaux.
[2] Copte: dernière langue parlée par les anciens égyptiens et utilisée dans l'écriture hiéroglyphique. Il s'agit d'une langue multidialectale qui utilise l'égyptien écrit et l'alphabet grec, et est considérée comme étant la forme liturgique par laquelle s'exprimaient les anciens chrétiens.
[3] http://nationalgeographic.abril.com.br/ngbonline/evangelho/especialistas.shtml, vidéo 2, 2ème partie.
[4] Xavier, Francisco Cândido, dans « Boa Nova », par l'esprit Humberto de Campos, chapitre 24.
[5] Xavier, Francisco Cândido, dans « Jesus no lar », par l'esprit Neio Lucio, chapitre 13.
[6] Xavier, Francisco Cândido, dans « Vinha de luz » , par l'esprit Emmanuel, chapitre 104.
[7] Xavier, Francisco Cândido, dans «Luz acima », par l'esprit Frère X, chapitre 44.
[8] Xavier, Francisco Cândido, dans « Boa Nova », par l'esprit Humberto de Campos, chapitre 5.
[9] Xavier, Francisco Cândido, dans « Pontos e contos », par l'esprit Frère X, chapitre 35.
[10] Xavier, Francisco Cândido, dans «Crônicas de Alem-Tumulo », par l'esprit Humberto de Campos, chapitre 5.


http://www.spiritisme.net/encyclopedie/index.php?option=com_content&view=article&id=23:levangile-selon-judas-iscariote&catid=109:religion_morale&Itemid=21

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